Premières pensées

by RICHARD ROBERT

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about

"LA MATIÈRE PREMIÈRE DE L'ÂME", par Stéphane MONET.

On ne sort de notre enfance que de biais, car on ne sort pas de l’enfance : c’est un continent qui ne se quitte qu’une fois devenu le modèle bien admis de toute terre prochaine. Avant de re-connaître ce nouveau monde, nous sommes "entre deux gares" comme le suggère le dernier titre de "Premières pensées". Cet entre-deux est un écho à l’opus qui ouvre l’album de Richard Robert : "Arrivo". Que l’on pourrait dans une certaine mesure traduire par : "Je pars".

Pour ce voyage particulier que déclenche le retour chez (en) soi, le moyen de transport (du Pareil de l’enfant au Même de l’adulte) n’est pas anodin : le train illustre parfaitement l’opération mentale que tout un chacun vit au moment de recenser ce que l’on doit quitter pour mieux le retrouver ou revoir pour mieux s‘en séparer. C’est la forme d’inventaire que mène le voyageur qui, depuis la fenêtre de son wagon, ne perçoit plus le lieu du départ, ni encore celui de l’arrivée, mais plonge son regard dans la profondeur du paysage, examine ses différents plans. Lors de ce long travelling à la perpendiculaire du présent, il n’étalonne le plus près qu’à la valeur du plus lointain, ne jauge le tumulte du passé qu’à l’aune d’une nouvelle mémoire tendue vers l‘avenir.

Ainsi, en s‘absorbant dans un regard intérieur à partir d’un point immobile du monde, le voyageur "observe son vœu", comme l’intime Rimbaud. C’est le vers auquel j’ai pensé spontanément en écoutant à nouveau, après quelques années de voyage, ces "Premières pensées". Observer, au sens premier, c’est-à-dire tenir le familier à la bonne distance pour apprécier toute la valeur de l’ancrage mais laisser respirer l’espérance, le "vœu", qui n’est autre que l’œuvre en devenir. Ainsi dans cet espace libre, à nos "heures creuses", heures de grand appétit, recourant à l’animisme naturel des enfants, nous pouvons jouer à mesurer nos talents à ceux de "Lloyd, chat fidèle" mais aussi, en entomologue de nos plus petits mouvements d’humeur, comparer nos vies rêvées aux "Sauterelles", le tout sur fond de "Sérénade pour l’héroïne animal", drogue la plus suave.

Observer son vœu, également au sens figuré : le respecter, le chérir, je dirais même le prendre pour ce qu’il est vraiment - une injonction, une discipline. Ces exigences se traduisent dans la musique de Richard Robert en attention tremblée mais aussi bienveillante à la "valse-hésitation des justifications inutiles", celle des pensées du créateur, promeneur immobile qui, tantôt sûr de son objectif, accélère le pas de son cœur cédant à sa pente la plus ardente, ou tantôt se perd avec délectation dans la sarabande de ses désirs, ou encore accepte avec humour la douce menace de ses visions : "Les Biélorusses entrent dans Chalon-sur-Saône".

Pour que la création soit le fruit des douces espérances du retour au familier, il faut que lui ait précédé la nostalgie particulière du voyageur, parti pour des mondes tant imaginaires que réels, et qui devine, quoi qu’il advienne d’événementiel ou de créatif, que son simple départ fera que jamais rien ne sera plus comme avant. Voilà ce que nous enseignent ces "Premières Pensées". Elles rassemblent dans une lucidité joyeuse et espiègle tous les pincements au cœur que provoque ce cycle de maturité qui n’est autre que la cartographie de plus en plus précise de l’enfance, entendue comme la part la plus indemne de nous-même.

On ne peut arriver à cette conclusion sans être digne d’une exigence propre à la musique de Richard Robert. Celle d’une écoute apaisée hors du tapage contemporain. Rien en lui ne cède aux codes musicaux qui ont atteint notre oreille interne pour y installer leur bruit, ce bruit contre lequel nous luttons et avec lequel nous devons souvent composer. Au contraire, ses mélodies réclament de baisser la pression et nous y convient par leur sensualité maîtrisée, par leurs valeurs bienveillantes. Ainsi, nous entrons dans une intimité universelle sans effraction, sans voyeurisme ; cette intimité, c’est celle des instruments de musique dont la sonorité semble au plus près de leur vibration naturelle : ils en deviennent le bois, le fer, l’animal, la résine, la terre, l’ambre, l’os, la chair, le frisson de nos émois.

Personnellement, j’ai toujours dû faire un effort pour croire que la musique était réellement produite par des instruments, sans doute un des effets des acouphènes provoqués par le bruit que j’évoquais précédemment ; mais pas seulement, c‘est aussi un marqueur de mes goûts. A chaque fois que la musique ne me plaît pas tout à fait, je ne fais pas le lien entre le son et son producteur, il existe un décalage, comme celui qui sépare l’éclair du tonnerre. Les œuvres de Richard Robert m’ont permis de surmonter cette sorte de handicap par le parti pris d’un lien fort entre la matière de l’instrument, son histoire donc, et celle que déploie la mélodie ; mais surtout, à l’écoute de l’album "Premières pensées" , j’ai vu les piano, mélodica, harmonium, guitare, ils m’ont été en quelque sorte restitués. Et pour moi, c’est cela un musicien, celui qui a le don et la maîtrise de cette haute alchimie qui considère l’instrument comme la matière première de l’âme et non comme l’ornement d’une sentimentalité.

L’écrivain Anthony Burgess prétendait d’ailleurs que dans l’amour, c’est l’âme qui entoure le corps (encore une question de voyage). Ces "Premières pensées" vous en apporteront la preuve.

Stéphane MONET

credits

released September 21, 1996

Enregistré à la maison (aux maisons) en 1995-1996 entre Paris, Lyon et Fontanes.

Richard Robert : guitare, piano, harmonium, mélodica, mandoline, xylophone, percussions, casseroles...

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